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Les Misérables de Victor Hugo : spectacle son et lumière à Montreuil-sur-Mer

Le cadre d'un grand roman

de François GUILLAUME, Pseudonyme littéraire de Frank WILHELM

Publié dans Le Jeudi. L'hebdomadaire luxembourgeois en français, le 11 août 2005


Le 4 septembre 1837, Victor Hugo en provenance de la Manche s’arrête à Montreuil-sur-Mer (Pas-de-Calais), revenant d’un voyage documentaire et récréatif avec Juliette Drouet en Belgique et dans le Nord de la France.

Cette ville fortifiée garde toujours 3 km de remparts et une citadelle agrandie et fortifiée, comme Luxembourg, par Vauban. Le poète ignore la citadelle, n’aimant pas la «roideur» géométrique de l’architecte militaire louisquatorzien. Dans une lettre à sa femme Adèle, il vante les remparts avec leur point de vue sur la plaine environnante et se compare à un vieux jésuite assis à côté de lui sur un banc public : le prêtre est absorbé dans la lecture de son bréviaire, le poète dans celle de la nature. Ce sont à peu près tous les détails que l’on sait de son séjour dans la ville pendant l’arrêt de la diligence pour changer de chevaux.

Peu de choses, donc, comparé aux innombrables notices, textes divers, dessins et lavis que Victor Hugo a consacrés à Vianden, par exemple. Pourtant, Montreuil est plus enraciné que Vianden dans son œuvre littéraire. C’est que, dans Les Misérables, il y fait démarrer la nouvelle vie du galérien Jean Valjean, qui s’y refait une virginité citoyenne sous le nom d’emprunt symbolique de Monsieur Madeleine.

On est tenté de voir une explication linguistique dans le choix du nom de la ville : Mon-treuil. L’homme condamné par la société utilise en quelque sorte son propre «treuil» pour se hisser du stade primaire d’animal blessé prêt à mordre à celui d’être conscient et solidaire. Autodidacte, le personnage christique crée sa fortune à partir de rien, mais à force d’imagination et d’obstination, redistribuant généreusement le bénéfice de sa manufacture, ayant toujours à l’esprit les conseils de l’évêque Myriel. On sait qu’il va adopter la petite Cosette après avoir, involontairement, laissé sa mère, Fantine, mourir. Son calvaire sera aussi son ascension morale, thème majeur du roman, dans lequel le romancier s’est «abymé» lui-même avec ses souvenirs et son utopie sociale.

Comment faire de ce récit touffu un spectacle pour tous d’une durée d’une heure et demie ? En prenant des risques, en jouant sur les souvenirs scolaires du public, en faisant appel à son intuition et à son sens du destin. Le metteur en scène, Dominique Martens, animateur culturel de son état, a pris l’option de faire une lecture fidèle à l’esprit du livre, mais feuilleté parfois à contre-courant à coups de prospections, de rétrovisions et de synchronies. Le fil rouge, c’est le personnage de l’auteur lui-même, joué par Jean-Marie Fontaine, qui se promène, bonhomme barbu, au milieu des trois cents figurants, des dix chevaux et du mulet, comme émerveillé de son propre pouvoir créateur, jouant les mouches du coche de cette fable romantique, encourageant, plaignant, invitant le public à réfléchir. Sans ce discours métalinguistique du romancier sur son œuvre, le spectacle ne serait qu’une illustration, sans plus.

Magie de la grande scène

Le «Son et Lumière» de Montreuil est à la fois une stylisation, un raccourci illustré et commenté, une bande dessinée en action, un regard dans le musée Grévin hugolien, une série de clins d’œil au cinéma, à la comédie musicale, à des tableaux de Breughel, à des crèches de santons. La gigantesque scène en plein air d’une centaine de mètres est composée d’un bâtiment de la citadelle et de son aile en retour d’équerre, d’une allée d’arbres centenaires et d’une butte surmontée de la façade d’une mairie-coulisse. Pêle-mêle, les quelque quinze cents spectateurs assistent à la bataille de Waterloo, à la noyade d’un galérien, à une beuverie à l’auberge des Thénardier, au coucher de Gavroche, à l’incendie de l’hôtel de ville de Montreuil, au cortège de mariage de Marius et de Cosette, à la mort de Jean Valjean, au départ de la cadène avec les futurs bagnards, aux combats sur la barricade, au feu d’artifice final.

Cavalcades, ballets (chorégraphie de Brigitte Bouyer), arrêts sur images, décalages spatiaux, dédoublements de scènes et de personnages, intermèdes poétiques, gros plans et scènes de masse, musiques spécialement composées par le Québécois Dominic Laprise : autant de moments magiques où les choix du metteur en scène se révèlent judicieux. On sent à tout instant sa main de fer et de velours dans la distribution de ses acteurs, leurs déplacements, leurs moindres gestes, l’impression d’ensemble d’une grande cohérence. En même temps, on en déduit qu’une telle perfection dans l’infiniment petit ne peut résulter que d’une complicité de tous les instants et de tous les bénévoles – du petit Gavroche au vieillard en passant par le petit rat – impliqués dans l’aventure collective, un peu comme les combattants de la barricade. Mention spéciale pour le brave cheval qui, au beau milieu de la débâcle de 1815, fait sagement le mort. Ai-je dit que six cents costumes d’époque ont été confectionnés, que l’édition de 2005 est la dixième et que le spectacle, monté dans une ville de moins de trois mille habitants, a déjà attiré cinquante mille spectateurs ravis?

À Montreuil, où l’on envisage la création d’un «Espace Victor-Hugo», pour lequel Vianden pourrait servir d’exemple, on trouve de tout, même un menu gastronomique «Les Misérables», même des chocolats «Les Misérables», même un «Brassin Jean-Valjean», même la maison de Cosette et des «cousettes».

 

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