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« La Maison de Victor Hugo à Vianden a 70 ans »

de Frank WILHELM

Article (illustré) paru dans Veiner Geschichtsfrënn, Ous der Veiner Geschicht, n° 23, 2005, pp. 41-51.


Par une belle journée de juin 2005, en été donc, mais avant le début de la pleine saison touristique, la Maison de Victor Hugo à Vianden peut compter jusqu’à trente visiteurs individuels, sans parler d’une éventuelle visite collective guidée. Un record qui peut paraître dérisoire par rapport aux centaines, voire aux milliers de visiteurs accueillis par d’autres hauts lieux touristiques comme le château tout proche. Mais vec les dimensions réduites de ses salles et les exigences linguistiques, culturelles et intellectuelles qui sont les siennes, ce musée littéraire ne pourra jamais espérer attirer le très grand public. Mais ses visiteurs – souvent des enseignants, des fonctionnaires, des personnes travaillant dans la communication et les services culturels, des décideurs politiques, administratifs et économiques – sont des multiplicateurs d’information.

La résidence du poète pendant dix semaines en 1871

La demeure habitée en 1871 par l’hôte le plus illustre de Vianden est une des plus anciennes de la «ville nouvelle», le quartier situé sur la rive gauche de l’Our. Avec sa haute toiture, ses deux étages, sa terrasse couverte côté rivière, ladite maison figure déjà sur l’aquarelle de Jean-Baptiste Fresez que le roi grand-duc Guillaume Ier se vit offrir lors de sa visite de 1841 à Vianden. Elle n’a guère changé d’aspect à ce jour. Sa dimension principale n’est ni la largeur ni la profondeur, mais la hauteur. Pour l’habiter ou la visiter, il faut gravir des escaliers. Celui lui donne un charme particulier, qui ne tient évidemment pas à son confort, mais à son ambiance.

Lorsque Victor Hugo arriva à Vianden, le 8 juin 1871, la maison appartenait à Frédéric Ensch, natif de Vianden, âgé de soixante et un ans, teinturier de métier et commerçant, et à sa femme, née Marie Scheidweiler, originaire de Wiltz, âgée de cinquante-quatre ans. Ils avaient un fils, Charles, né en 1853, et une servante, Thérèse Moris, âgée de vingt ans. Leur fille Madeleine était décédée en 1869. En même temps que Victor Hugo, leur nièce Caroline Scheidweiler (1854-1930) habitait la maison. Sa sœur Julie Scheidweiler (1858-1946) était également en visite. En 1929, Caroline se rappelait encore l’hôte étranger et aimable de 1871. Comme sa tante ne comprenait guère le français, c’était l’adolescente alors âgée de seize ans qui faisait volontiers l’interprète durant le séjour du poète chez la famille Ensch. Selon Caroline, Victor Hugo se levait régulièrement à 6 heures du matin. Son petit-déjeuner lui était servi par madame Ensch-Scheidweiler. Il travaillait ensuite dans sa chambre jusque vers 11 heures et rejoignait alors ses proches à l’auberge Koch.

La chambre de Victor Hugo au premier étage avait trois fenêtres, dont deux donnaient sur la rue et sur la ruine castrale et une sur le cours d’eau. À l’occasion de la restauration de 2002, on a enlevé la paroi qui séparait cette chambre de la pièce voisine (avec une fenêtre supplémentaire sur la rue). Une notice manuscrite de Juliette Drouet datée du 9 juillet 1871 et exposée au musée confirme que Victor Hugo habitait une seule chambre dans la maison, elle-même étant logée avec les autres membres de la famille à l’auberge d’en face.

Les deux inaugurations du musée en 1935

À en croire certains guides de voyage, on visitait dès le début du XXe siècle «sa» maison de Vianden qu’il avait habitée pendant deux mois et demi. Les deux sœurs Scheidweiler, restées célibataires, faisaient découvrir cette chambre aux touristes.1) En 1935, à l’instigation d’Anne Beffort (1880-1966), le Gouvernement fit l’acquisition de la maison des mains de Julie Scheidweiler – sa sœur était morte cinq ans plus tôt – et l’offrit à l’Administration communale de Vianden. Ainsi on pouvait y aménager le musée envisagé depuis longtemps. Mademoiselle Beffort assuma l’aspect littéraire et artistique, Julie Scheidweiler fut chargée de l’accueil.

C’est un Comité Victor-Hugo fondé à cet effet qui dirigea la mise en place du musée. Il était présidé par Marcel Noppeney, écrivain francophone et francophile luxembourgeois. L’inauguration officielle eut lieu le 30 juin 1935 en présence de Leurs Altesses Royales la grande-duchesse Charlotte et son époux le prince Félix de Bourbon-Parme, de l’ambassadeur de France, du président du Sénat français et de bien d’autres personnalités. Comme la place manquait devant le musée, la cérémonie eut lieu place de l’Hôtel de Ville dans la ville haute. Lors des discours de circonstance, on célébra le grand poète et sa rhétorique puissante, l’ami du Grand-Duché, le héraut du sublime et du beau. La dimension politique de Hugo ne fut guère évoquée. À une époque où, en Allemagne, Hitler et ses acolytes traduisaient dans la réalité leur idéologie délétère et où le président du Gouvernement luxembourgeois, Joseph Bech, essayait de faire interdire les mouvements politiques extrémistes, en l’occurrence le parti communiste, au moyen d’une loi que le peuple eut tôt fait d’appeler «muselière», cette inauguration timorée du musée de Victor Hugo déplut à certains milieux politiques.

Aussi les sections de jeunes de la gauche et de la bourgeoisie libérale luxembourgeoises organisèrent-elles une contre-manifestation. Le 14 juillet 1935, la Maison de Victor Hugo fut inaugurée une deuxième fois en présence de quelque deux mille jeunes qui avaient répondu à l’appel de l’Association générale des étudiants luxembourgeois (ASSOSS). L’âme de la manifestation était Henri Koch, qui avait très tôt senti et commencé à combattre le danger du fascisme et du nazisme dans le Grand-Duché. Le principal orateur de cette nouvelle inauguration était Frantz Clément (1882-1942), un ancien instituteur devenu journaliste auprès du Tageblatt socialiste. Il devait être assassiné au camp de concentration de Dachau, où, de son côté, Marcel Noppeney allait être interné en raison de son attitude antigermanique. Dans son discours, Clément se référa aux combats politiques du poète français qui n’hésitait jamais à prendre parti dans des questions de principe. Il déclara : «Victor Hugo est venu à Vianden en proscrit. Le premier anti-fasciste, exilé par le premier fasciste de l’Europe [Louis-Napoléon Bonaparte, alias Napoléon III], aimait cette vallée où battait, aux pieds du symbole de l’absolutisme moyenâgeux, le cœur invincible du peuple.»2)

Dès le 6 juillet 1835, dans la publication de gauche Die Tribüne, Frantz Clément attaqua Joseph Bech en raison des intentions antidémocratiques de celui-ci. Signant «Erasmus», il relate un rêve qu’il venait de faire et où la tête de Victor Hugo sculptée par Rodin s’était adressée au président du Gouvernement luxembourgeois qui venait, avec son éloquence aimable et cauteleuse, de célébrer l’écrivain comme simple magicien des mots. Le buste avait une autre façon d’envisager les choses et donna à Joseph Bech une leçon politique gratuite, non sans bonhomie : «Donc c’est vous l’aimable Ministre d’État luxembourgeois. Vous régnez sur un petit pays qui m’est cher. Prenez soin de ce brave pays comme il le mérite. N’auriez-vous pas, dans les plis de votre tenue de gala, une petite loi perfide ? Une affaire qui vous permet de tourmenter les gens qui se permettent d’avoir des idées hardies ? Rappelez-vous que la fois dernière, quand je fus à Vianden, je venais de Guernsey 3), de cet exil où je devais vivre à cette époque, parce qu’on ne tolérait pas en France mon franc-parler. Vous venez de déclarer, par des paroles solennelles, que vous m’estimez beaucoup. Rendez-moi un dernier service. Déposez à mes pieds cette petite loi méchante et je veillerai qu’elle ne cause pas des malheurs.» 4)

L’étudiant Joseph-Émile Muller, qui, en 1971 allait conseiller Tony Bourg lors de la rénovation muséographique et qui, en 1982, allait publier l’ensemble des dessins luxembourgeois de Victor Hugo, prit la parole à Vianden, ce 14 juillet 1935. Il récita des extraits des Châtiments (1853), des textes qui illustraient à merveille ce que la jeunesse luxembourgeoise et les intellectuels de gauche attendaient de Victor Hugo comme gardien du Graal des droits de l’homme. Le Grand-Duché libéral s’adressait à cet écrivain qui avait inspiré la Troisième République avec les principes laïcistes et progressistes du radical-socialisme à la française. Cette idéologie de la bourgeoise tolérante et cosmopolite était à mille lieues du collectivisme (marxisme, communisme, fascisme) ; ainsi, Hugo servait en quelque sorte à ces jeunes Grand-Ducaux d’antidote contre le danger représenté par le régime sociopolitique totalitaire qui venait de s’établir en Allemagne et dans d’autres États. Un panneau au deuxième étage du musée de Vianden réhabilité en 2002 souligne l’importance de cette seconde inauguration. Du reste, le 6 juin 1937, par référendum, le peuple luxembourgeois rejeta la loi de Joseph Bech contre le parti communiste ou les mouvements qui, «par la violence ou les menaces, voudraient modifier la constitution ou les lois du pays », si bien que le Ministre d’État en fut réduit à démissionner.

Le 30 septembre 1937, à l’occasion d’une assemblée de la Société des écrivains luxembourgeois de langue française (S.E.L.F.) présidés par Marcel Noppeney, le Comité Victor-Hugo, qui avait réalisé son objectif avec l’ouverture du musée de Vianden, fut remplacé par l’association sans but lucratif des Amis de la Maison de Victor Hugo à Vianden. Anne Beffort en assuma la présidence. Les statuts prévoyaient entre autres les points suivants : acquisition de documents concernant Victor Hugo ; entretien du musée ; constitution d’une bibliothèque de travail ; promotion du souvenir du poète.

Pendant la guerre, le musée Victor-Hugo ne ferma pas, en dépit de l’annexion du pays par l’Allemagne nazie, comme le remarque l’écrivain luxembourgeois de langue allemande Albert Hoefler dans son hommage à «Papa [Émile] Grün» (1880-1950), alors gardien de la maison.5) Pendant ces années noires, le musée hébergea une succursale de la Gedelit, la société pour la propagation de la littérature allemande, qui proposait surtout une bibliothèque de prêt avec des livres en l’honneur du pangermanisme. Le buste de Rodin sur le pont de l’Our, un cadeau du Gouvernement français pour l’ouverture de 1935, avait été prudemment démonté par les Viandenois et caché en vue de temps meilleurs.

Trois restaurations en un demi-siècle

Quand les troupes allemandes, le 12 septembre 1944, quittèrent Vianden pour retourner dans leur Reich millénaire, elles firent sauter le pont après avoir sommé les voisins d’évacuer leurs demeures. La Maison de Victor Hugo fut pareillement évacuée et tellement endommagée par le dynamitage qu’elle s’écroula à la fin de 1945 et dut être rasée intégralement. Dans un article publié dans Clarté, hebdomadaire luxembourgeois francophone qui venait de se fonder, Anne Beffort protesta de façon véhémente contre cette démolition pour laquelle le Gouvernement n’avait pas jugé bon de solliciter l’avis de la Commission des sites et monuments. Elle citait la maison de Schiller restaurée à Weimar et signalait que même des officiers américains étaient intervenus auprès du bourgmestre de Vianden en vue de la restauration de la Maison de Victor Hugo. Mais, le seul musée littéraire luxembourgeois était réduit en poussière. Sous la direction de l’architecte Pierre Grach, originaire de Vianden, la maison fut ensuite reconstruite selon les dimensions originelles. Une anecdote illustre cette époque mouvementée. Le Ministère de la Reconstruction avait envoyé à l’Administration communale, propriétaire de la maison depuis 1935, un formulaire pour introduire une demande en vue de l’obtention d’un subside pour la reconstruction. Selon le texte de ce papier officiel, il fallait certifier que l’attitude du pendant la guerre avait été irréprochable !

L’inauguration de la Maison de Victor Hugo reconstruite eut lieu le 1er août 1948 en présence de Leurs Altesses Royales la grande-duchesse Charlotte et le prince Félix, et de Robert Schuman, ancien président du Conseil et ministre français des Affaires étrangères. Il était né à Luxembourg-Clausen ; sa mère était Luxembourgeoise, son père, qui parlait également luxembourgeois, était natif de la Lorraine annexée par la Prusse. Le pionnier de l’Union européenne commença son discours 6) concernant les idées politiques de Victor Hugo sur le devenir du continent et du monde, dans la langue du Grand-Duché et le termina en français. Dans la salle multimédia du nouveau musée, les bornes informatiques proposent un reportage filmé en noir et blanc sur cette inauguration : c’est le document cinématographique le plus ancien connu sur le musée.

Victor Hugo était décédé le 22 mai 1885 dans la capitale française. À cette occasion, l’Administration communale de Vianden, qui avait envoyé un télégramme de condoléances à Paris, fit apposer sur la façade latérale du musée une plaque commémorative que l’on pouvait voir jusqu’en 1998. Le texte – DEMEURE DE VICTOR HUGO 1870-1871 – ne correspondait pas vraiment aux faits, puisque le poète n’était pas venu en Luxembourg en 1870. Comme ses notices de voyage n’étaient pas toutes connues et publiées à cette date, on ignorait les dates exactes de ses passages et séjours sur les bords de l’Our. Une deuxième plaque commémorative, apposée sur la façade principale du musée en 1935, y resta accrochée jusqu’en 1998, signalant cinq passages ou séjours de Victor Hugo à Vianden, bien qu’il n’y en eût que quatre : en 1862, 1863, 1865 et 1871.

Le musée de 1935 nous est connu par le biais de quelques photos et échos de presse. Pour autant que l’on peut en juger, Anne Beffort avait essayé d’acquérir autant que possible de documents sur Victor Hugo et de les exposer. On pouvait entre autres admirer des portraits de Victor Hugo à différents âges, des copies et des fac-similés de certains dessins luxembourgeois, des lettres originales, des éditions princeps, etc. Anne Beffort put aussi reconstituer le mobilier d’origine utilisé par le poète en 1871, en bois de noyer emblématique de Vianden. Cela n’était pas facile puisqu’en vertu d’un héritage, les meubles avaient été dispersés, la moitié étant partie à Diekirch comme il ressort d’une pièce notariée. La fondatrice du musée put encore faire acquérir par le Gouvernement quatre dessins de Victor Hugo. Certaines pièces n’avaient, toutefois, aucun rapport avec Vianden ou Luxembourg, à l’instar d’une lettre de Lamartine ou d’échantillons du papier peint de la chambre natale (26 février 1802) de Victor Hugo à Besançon, cadeau du maire de cette ville!

Pour la réouverture après la guerre, la muséographie ne fut pas foncièrement modifiée, dans la mesure où les documents étaient préservés et intacts ; quelques pièces nouvellement acquises s’y ajoutèrent.

Au début des années 1960, Madeleine Frieden-Kinnen rédigea le premier catalogue de la Maison. Un Livre d’or que l’Administration communale avait offert au musée pour l’ouverture en 1935 se remplit pendant soixante ans de milliers de signatures de visiteurs : Leurs Altesses Royales, Robert Schuman et d’autres hommes politiques de renom, comme Léopold Sédar Senghor s’y immortalisèrent. Après la mort de la fondatrice du musée en 1966, sa collègue Rosemarie Kieffer (1932-1994), professeure au même Lycée de Jeunes Filles de Luxembourg, fut désignée pour lui succéder comme présidente des Amis de la Maison de Victor Hugo.

Pour 1971, cent ans après le dernier séjour de Victor Hugo en Luxembourg, Tony Bourg (1912-1991), professeur au Centre universitaire, fut chargé de la rénovation du musée. Il avait publié de nombreux articles sur les contacts entre l’écrivain et le Grand-Duché et décida de changer l’orientation du musée littéraire. Dès lors, la maison se proposait de montrer les aspects de la vie du poète que l’on pouvait documenter par des pièces d’archives nouvellement mises à jour, la plupart d’origine luxembourgeoise. La visite du musée était organisée chronologiquement : d’abord ses voyages comme touriste dans les années 1862-1865, puis, aux premier et second étages, son séjour comme réfugié en 1871. Des échos de presse, des papiers officiels, des portraits de personnalités que Victor Hugo avait rencontrées, des photos qu’il avait achetées de monuments locaux, beaucoup de pièces avaient été réunies pendant des années de recherches aux Archives nationales et à la Bibliothèque nationale de Luxembourg, dans des collections particulières, mais aussi en France à la Maison de Victor Hugo, place des Vosges, à l’agence photographique Bulloz ainsi qu’à la Bibliothèque nationale de Paris. Le curateur sut ainsi donner au musée un vrai fil rouge. En 1977, Tony Bourg publia le second catalogue du musée ; une version néerlandaise par Netty Bendien en parut en 1985.

L’accroissement du tourisme de masse eut comme conséquence que le bureau de tourisme, avec lequel le musée devait partager le rez-de-chaussée de la maison, avait besoin de plus en plus d’espace, si bien que la partie réservée au musée rétrécit au fil des ans. D’autre part, le manque de confort, l’éclairage minimaliste, le décor en général sombre et les reproductions en noir et blanc de la plupart des documents ne correspondaient plus guère aux attentes d’un public habitué à la télévision en couleur. Le déménagement du bureau de tourisme, en 1998, vers une Maison du tourisme flambant neuve érigée de l’autre côté du pont ouvrit de nouvelles perspectives.

Comme, entre-temps, Rosemarie Kieffer était décédée et que, depuis, le musée tournait au ralenti, un nouveau comité se constitua, au sein duquel le Dr Raymond Frisch, alors bourgmestre, insista sur la raison sociale des Amis de la Maison et suggéra de dépoussiérer le musée un quart de siècle après la dernière rénovation. Claude Frisoni, un Lorrain d’origine italienne, actif depuis de nombreuses années à Luxembourg sur la scène culturelle, fut élu président. Le 1er août 1998, l’on put fêter un événement en soi assez triste pour Vianden : la fermeture provisoire et l’évacuation du musée. Mais l’on annonça ce jour-là que ce haut lieu littéraire serait réouvert au plus tard en 2002 pour le bicentenaire de la naissance de Hugo.

L’auteur de ces lignes, qui s’était familiarisé avec les manuscrits de Victor Hugo lors de ses études à la Sorbonne et avait coédité en 1985 avec Tony Bourg les carnets luxembourgeois du poète, se vit confier la mission de mettre à jour la Maison du point de vue scientifique et muséographique en y intégrant les connaissances littéraires et historiques les plus actuelles et en ayant recours aux techniques électroniques les plus modernes. Les projets et les travaux devaient durer trois ans et demi ; la réouverture eut lieu le 11 mai 2002. En présence de centaines de Viandenois, de Luxembourgeois et d’admirateurs étrangers du poète, les deux ministres de la Culture (Mme Erna Hennico-Schoepges) et du Tourisme (M. Fernand Boden) et le bourgmestre de Vianden (M. Marc Schaefer) découpèrent le ruban tricolore à l’entrée du musée, symboliquement avec les mêmes ciseaux que Son Altesse Royale la grande-duchesse Charlotte avait utilisés au même endroit, en 1948.

Comme les Amis de la Maison de Victor Hugo ne pouvaient se concentrer que sur le rassemblement des données, la sélection scientifique et l’affichage des documents, il fut décidé de charger des agences professionnelles de la réalisation technique de la réhabilitation, la Ville de Vianden, maîtresse d’œuvre, étant appelée à entériner financièrement les travaux en collaboration avec les Ministères concernés, notamment avec le Service des sites et monuments nationaux (M. Georges Calteux). L’agence luxembourgeoise Format, spécialisée dans la réalisation d’expositions, fut chargée d’élaborer un concept général ainsi qu’un plan budgétaire.

Au contraire de l’ancien musée qui, jusqu’en 1998, partageait le rez-de-chaussée ainsi que certaines salles avec le Syndicat de tourisme local, le nouveau musée pouvait occuper toutes les salles disponibles : le rez-de-chaussée, les deux étages, le grenier. L’idée directrice était de réserver à chaque étage un type de communication différent. Ainsi, le rez-de-chaussée comporte une boutique spécialisée proposant des éditions de textes de Victor Hugo et des produits dérivés et plonge le visiteur dans l’ambiance du musée. Le premier étage fait découvrir Victor Hugo dans son entourage réel de 1871 avec le mobilier d’origine, des lettres et des dessins originaux ainsi que sa présence virtuelle sous forme de statue en plâtre blanc par Herbert Labusga. Au deuxième étage, le visiteur peut s’informer de façon plus classique grâce à des panneaux illustrés par des textes et des graphismes. Le grenier permet au visiteur féru d’interactivité électronique de découvrir le poète et son époque de manière visuelle et ludique. L’agence luxembourgeoise Cropmark a réalisé les propositions du consultant scientifique en veillant à conférer à l’ensemble une note unitaire basée sur un programme artistique bien défini de formes et de couleurs. Une charte graphique a permis de concevoir un logo pour le musée, qui suggère discrètement les multiples activités de Hugo comme poète, penseur et peintre : sa tête est dessinée par les mots de son allocution aux Viandenois du 20 juillet 1871 ; sa signature souligne son engagement comme intellectuel ; les couleurs sépia font allusion à ses lavis. En 2003, le responsable muséographique publia le troisième catalogue de la Maison.

Un rayonnement intact

Même si son œuvre pléthorique peut paraître très éloignée de la sensibilité linguistique de notre époque pragmatique et pressée, le rayonnement de Victor Hugo comme intellectuel et comme artiste reste intact. Significativement, parmi les visiteurs intéressés par son musée de Vianden, par sa stature et son message, les Allemands, par exemple, ne sont pas les moins nombreux. Alors que les Français, il est vrai gâtés par une surabondance de lieux de mémoire littéraires en tout genre, se font plus discrets. Les signatures dans le nouveau Livre d’or du musée de Vianden, commencé le jour de la réouverture en 2002, témoignent d’autre part d’un public de plus en plus international, au point que la francographie congénitale d’une maison luxembourgeoise consacrée au souvenir du plus grand écrivain français du XIXe siècle se voit parfois contestée par des touristes allophones. Voilà pourquoi, le comité des AMVHV a édité une version française, allemande, néerlandaise et anglaise du catalogue du musée.

De toutes les publications éditées par les Amis de la Maison de Victor Hugo à Vianden, c’est la plaquette Victor Hugo et l’Idée des États-Unis d’Europe (2000) qui a connu le plus grand succès d’estime et de vente, au point de nécessiter un deuxième tirage en 2003. Son rôle de pionnier de l’unification et de la monnaie unique européennes justifie et légitime à lui seul la rénovation de la Maison de Victor Hugo à Vianden au XXIe siècle. On s’en rend compte lorsqu’on a l’occasion de mettre en perspective l’histoire du Grand-Duché, de la France et d’autres pays moins chanceux au point de vue politique ou socio-économique. Par exemple, lorsque des personnalités politiques comme le président de la République de Slovaquie, pays récemment admis dans l’Union européenne, visitent le musée de Vianden (2002) ou lorsque l’inauguration de la Maison Victor Hugo à La Havane vaut au responsable muséographique de Vianden une invitation à venir présenter ce lieu de mémoire luxembourgeois à Cuba (2005).

Ou encore lorsque les Amis de la Maison de Victor Hugo à Vianden peuvent présenter, à l’occasion du 70e anniversaire du musée, les Actes d’un colloque consacré à leur auteur sous le titre programmatique de: " … avoir pour patrie le monde et pour nation l’humanité ". Actualité[s] de Victor Hugo.


Notes de bas de page

1) Voir A. Beffort, Victor Hugo et nous, Luxembourg, 1961, pp. 15, 25-26.
2) Citéd d'après H. Koch, «Victor Hugo à Vianden», 1983, p. 185.
3) Le nom de l'île s'écrit Guernesey en français.
4) Erasmus, «Und er öffnete den Mund und sprach ...», 06.07.1935. Traduction du début du texte: F. Wilhelm, de la fin: H. Koch-Kent.
5) Voir A. Hoefler, «Erinnerungsblatt», Ltzeburger Journal, 06.01.1950.
6) Reproduit chez F. Wilhelm, Victor Hugo et l'Idée des Etats-Unis d'Europe, 2000, pp. 85-87.


Bibliographie

ABENS, Victor (bourgmestre de Vianden), Discours à l’occasion de la réouverture de la Maison de Victor Hugo, Vianden, 01.08.1948, [archives des AMVHV].

AMIS DE LA MAISON DE VICTOR HUGO À VIANDEN, site cybernétique du musée réalisé par Christian Ries sur une idée de Frank Wilhelm : www.victor-hugo.lu [consulter la rubrique " Nouvelles "].

BEFFORT, Anne, «La Maison de Victor Hugo à Vianden», «Un scandale», Clarté. Hebdomadaire politique et littéraire, Luxembourg, 01.12.1945 ; Souvenirs, tome 2 : Victor Hugo et nous, Luxembourg, 1961. [Contient les articles essentiels de cette auteure sur la MVHV.]

BOUCKAERT, Albert,«Un quart d’heure avec un témoin de la vie de Victor Hugo à Vianden », Maurice et Paul Cosyn, Grand-Duché de Luxembourg, Bruxelles, Guides Cosyn, [1930], p. 269-272. [Repris d’après <La Gaule, novembre 1929.]

BOURG, Tony & WILHELM, Frank, Le Grand-Duché de Luxembourg dans les carnets de Victor Hugo, Luxembourg, RTL, [1985]. [Avec une contribution de Rosemarie Kieffer, «La vie posthume de Victor Hugo au Luxembourg». Bibliographie complète sur le sujet. Épuisé.]

ENGELMANN, René, Victor Hugo à Vianden, Luxembourg, 1902, 1904, 1907, 1916, 1935, 1985.

ERASMUS [Frantz Clément], «Und er öffnete den Mund und sprach … », Die Tribüne, Luxembourg, 06.07.1935.

KOCH-KENT, Henri, «Victor Hugo à Vianden», Vu et entendu. Souvenirs d’une époque controversée 1912-1940, Luxembourg, 1983, p. 183-186.

LECH, Pierre, «Das Bild des Dichters im Hôtel Victor Hugo in Vianden. Zur Geschichte eines Gasthauses, seiner Inhaber und Gäste », Veiner Geschichtsfrënn, Ous der Veiner Geschicht, Vianden, n° 20, 2002, S. 7-33 ; «Les logis de Victor Hugo à Vianden. Quelques suppléments d’enquête sur les séjours du poète au bord de l’Our», Récré 18. L’annuaire culturel des professeurs luxembourgeois, Diekirch, 2002, pp. 141-229.

[MAISON DE VICTOR HUGO à VIANDEN], Une visite à la Maison de Victor Hugo à Vianden. Catalogue des objets exposés, s. l., s. d. [vers 1962]. [Premier catalogue de la MVHV, établi par Madeleine Frieden-Kinnen, dont le nom n’est cependant pas cité.]

MAISON DE VICTOR HUGO à VIANDEN, Victor Hugo au Luxembourg, 2e catalogue de la MVHV, établi par Tony Bourg, Luxembourg, 1977. [Avec des contributions de Victor Abens, Rosemarie Kieffer («La Société des Amis de la Maison de Victor Hugo à Vianden») et Tony Bourg («Victor Hugo au Grand-Duché de Luxembourg»). Version néerlandaise: Victor Hugo in Luxembourg, par Netty Bendien, 1985.]

[MAISON DE VICTOR HUGO À VIANDEN], «Une visite à la Maison de Victor Hugo à Vianden réhabilitée», Maison de Victor Hugo à Vianden. Musée littéraire, catalogue français par F. Wilhelm, Luxembourg, AMVHV, 2003, pp. 5-63 ; «Ein Besuch im restaurierten Victor-Hugo-Haus in Vianden», Maison de Victor Hugo à Vianden. Musée littéraire, Katalog, Deutsch, Luxemburg, AMVHV, 2003, pp. 5-63 ; «Een bezoek aan het genoveerde Victor Hugo-huis te Vianden», Maison de Victor Hugo à Vianden. Musée littéraire, Catalogus, Nederlands [traduction par Eurotraduc, Luxembourg], Luxembourg, AMVHV, 2003, pp. 5-63 ; «A visit to the restored Victor Hugo House in Vianden», Maison de Victor Hugo à Vianden. Musée littéraire, catalogue anglais, traduction par Liette Derrmann-Loutsch, Luxembourg, AMVHV, 2004, pp. 5-63.

MILMEISTER, Jean, «Das Victor-Hugo-Haus», Heimat und Mission, 1982, n° 7.

MUSÉE NATIONAL D’HISTOIRE ET D’ART, Victor Hugo et le Grand-Duché de Luxembourg. Dessins et lavis, Luxembourg, MNHAL, AMVHV, 2002. [Contient le texte de J.-É. Muller paru dans son livre de 1982, ainsi qu’une introduction et le catalogue de l’exposition qui a eu lieu en 2002-2003, par F. Wilhelm.]

NOPPENEY, Marcel, Victor Hugo dans le Grand-Duché de Luxembourg, Luxembourg, 1902, 19482.

WILHELM, Frank, «La contribution des professeurs luxembourgeois aux études hugoliennes», Ré-Création, Diekirch, 1986, pp. 164-213 ; «‚Le paysage est à lui seul le festin des yeux‘ ou: Juliette Drouet témoin du dernier séjour de Victor Hugo à Vianden», Syndicat d'Initiative. Vianden 1893-1993, Vianden, 1993, pp.. 63-73 ; Victor Hugo et l’Idée des États-Unis d’Europe, Luxembourg, AMVHV, 2000 ; Victor Hugo touriste et réfugié politique au Grand-Duché de Luxembourg, Luxembourg, 2000 ; Du nouveau sur Victor Hugo à / et Vianden. Dans l’attente de son bicentenaire (1802-2002), Luxembourg, 2000 ; «Maison de Victor Hugo à Vianden (Grand-Duché de Luxembourg)», fiche éditée par le Service des Sites et Monuments nationaux à l’occasion de la Journée nationale du Patrimoine, Luxembourg, 29 septembre 2002 ; «Grâce à Victor Hugo qui ne fumait pas … Un tabac à Cuba» [Signé : François Guillaume], Le Jeudi. L’hebdomadaire luxembourgeois en français, 24.03.2005 ; (éditeur scientifique), … avoir pour patrie le monde et pour nation l’humanité ". Actualité[s] de Victor Hugo, Actes du colloque de Luxembourg-Vianden, 8-11 novembre 2002, 20 contributions, Paris, Maisonneuve & Larose, 2004.

 

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