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« L'Europe et la francophonie »

Causerie à l'intention des participants du stage multinational pour diplomates et cadres des nouveaux et futurs pays adhérents de l'Union européenne. Vianden, Hôtel Petry, 3 avril 2004

de Frank WILHELM, vice-président des AMVHV, professeur au Centre universitaire de Luxembourg

Causerie à l'intention des participants du stage multinational pour diplomates et cadres des nouveaux et futurs pays adhérents de l'Union européenne. Vianden, Hôtel Petry, 3 avril 2004


La causerie touche trois domaines: l'histoire de l'idée européenne; la vision hugolienne de l'Europe; la réalité européenne francophone d'aujourdui.

A) L'IDEE EUROPEENNE AU COURS DES SIECLES

Ambiguïté du terme Europe et de son origine, sujet de multiples recherches historiques, philosophiques, politiques et littéraires. Selon la légende grecque, le continent Europe doit son nom à une belle princesse tyrénienne enlevée par Zeus en personne, métamorphosé pour l’occasion en taureau. Celui-ci la conduit d’Asie, continent déjà civilisé, en Grèce, située sur un continent encore sans nom, auquel elle prêtera le sien : Europe. Elle sera la mère de la dynastie des rois de Mynos, chantée par les poètes comme Horace et Ovide. Ainsi, le nom de ce continent remonte aux origines mythiques de notre civilisation, à l’entrecroisement de l’Asie et de l’Europe, à jointure de l’Orient et de l’Occident. L’Europe devrait son nom … à une immigrée. Une autre hypothèse linguistique rapproche le terme d’Europe (radical Eurp-) du radical Arb-, qui désigne les tribus de la péninsule arabique en migration vers l’ouest et la mer Rouge. L’Europe serait finalement assez décentrée.

Principes fédérateurs européens : la romanité (langue, civilisation pragmatique) ou l’empire chrétien de Charlemagne. Le roi de France Henri IV inspire un premier projet purement politique, dû à la plume de son ministre Sully. La puissance du roi de France, royaume maintenant apaisé, devait servait à maintenir la paix en Europe, Henri le Grand entendant « partager et conduire toute l’Europe comme une famille ». Le projet comportait des étapes précises, avec des pays ou des régions à associer. Idée d’un « conseil général de l’Europe ». Parmi les capitales envisagées : Strasbourg et Luxembourg.

« Projet de Paix perpétuelle entre les souverains chrétiens » (1713) de l'abbé de Saint-Pierre : contrôler le pouvoir des princes en le diluant dans le principe de la supranationalité. Termes employés : « Union de l’Europe », « États généraux d’Europe », « Union européenne » formant « une seule République ». Croyance en un progrès infini de la civilisation humaine. Réformer l'Ancien Régime en limitant le pouvoir séculier absolu.

Au XVIIIe siècle : intérêt témoigné par Rousseau et Voltaire au projet de l’abbé de Saint-Pierre ; même intérêt chez Emmanuel Kant (« Vers la Paix perpétuelle »). L’époque de la Révolution française riche en projets d’unification européenne. Projet non réalisé par Napoléon Ier exilé, d’une Europe pacifiée, décrit dans ses déclarations à Las Cases dans le « Mémorial de Sainte-Hélène ». À la même époque, Mme de Staël et le groupe de Coppet autour de Benjamin Constant : vision d’une Europe libérale et démocratique.

En 1869 : lancement à Genève par le Français Charles Lemonnier d’un hebdomadaire intitulé « Les États-Unis d’Europe », feuille pacifiste et libertaire qui doit son nom à Victor Hugo. Au XXe siècle : Mouvement pan-européen de Richard Goudenhove-Calerghi. Cercles des Mayrisch à Colpach (G.-D. de Luxembourg).

B) L'UTOPIE DES ETATS-UNIS D'EUROPE CHEZ VICTOR HUGO

Fils d’un général de Napoléon, sa vision de l’unification de l’Europe sera d’abord militaire. Avec l’évolution de sa propre pensée, Hugo décrira plus tard une unification volontaire et pacifique du continent. Méfiance vis-à-vis des deux extrémités de l’Europe : l’Angleterre, ultra-libérale, ainsi que la Russie et la Turquie (tyrannie). Le terme États-Unis d’Europe popularisé par VH, mais inauguré par un journaliste écossais en 1848 : Charles Mackay.

Principal axe européen pour VH : le Rhin, qui doit unir et non plus séparer les grandes nations européennes que sont l’Allemagne et la France, sœurs issues de l’Empire de Charlemagne héritier de la romanité et berceau de la chrétienté. Les ÉUE ne sont pas séparables, à terme, de l’idée de la République universelle, surtout après 1870. Les nouvelles structures seront libérales au point de vue économique, pacifistes et antimilitaristes au point de vue politique, déistes au point de vue religieux, et cosmopolites au point de vue philosophique. Collaboration transatlantique entre les UE et les ÉUA, promotion de tous les mouvements de libération nationale sur le continent européen et dans le monde entier. Rôle fédérateur et pionnier à assumer par la France en raison de son passé révolutionnaire, 1789 ayant induit une nouvelle ère de justice et de rationalité. Idée d’une monnaie unique européenne réclamée maintes fois par VH, droit d’ingérence des États démocratiques pour des raisons humanitaires.

Pas de livre de VH consacré uniquement aux ÉUE, mais nombreux textes dans ses discours rassemblés dans les volumes intitulés « Actes et Paroles », Avant, pendant et depuis l’exil. Par exemple : son discours comme président du Congrès de la Paix à Paris, en août 1849. Un poème sur « Le Chêne des États-Unis d’Europe ».

C) L'EUROPE ET LA FRANCOPHONIE

Le français, selon VH, serait la langue des ÉUE, la Bibliothèque nationale de Paris sera la bibliothèque du genre humain. Esprit missionnaire du romantisme français, rayonnement des grands écrivains humanitaires à l’image de VH, de Lamartine, de Vigny, de Michelet, etc. Héritage du Siècle des Lumières, où le français était la langue des élites. Langue de la diplomatie, du pouvoir politique, de la culture, le français est moins la langue des affaires et de l’industrie. Importance croissante du facteur économique par rapport à la dimension culturelle de la vie.

Le français reste une langue universelle (ONU, UNESCO, CIO, etc.), mais concurrencé de plus en plus par le pragmatisme anglo-saxon. Efforts pour y remédier : Organisation internationale de la francophonie (OIF). Publication annuel d’un « État présent de la Francophonie dans le monde ». Publication annuelle depuis une douzaine d’années de « L’Année francophone internationale » (Université Laval, Québec), notamment à l’occasion des Sommets francophones bisannuels. Font partie de l’OIF les nouveaux adhérents de l’UE : la Lituanie, la Slovénie, la République tchèque, la Pologne, la République de Slovaquie (visite de S. E. Monsieur le Président Schuster à la Maison de Victor Hugo à Vianden, en 2002). Autres pays de l’Europe centre-orientale membres de l’OIF : la Roumanie, la Moldavie, la Bulgarie, l’Albanie, la Macédoine. Publication conjointe par les Universités de Pécs (H) et de Vienne (A) des « Cahiers francophones d’Europe centre-orientale ». Publication d’un « Dictionnaire universel francophone » (Paris, 1997). Importance des Centres culturels français, des sections de l’Alliance française, des Chambres de commerce françaises, des consulats et ambassades, des centres de recherche universitaires francophones en Europe. Diffusion de la culture française et francophone promouvant l’échange et le multiculturalisme face à la globalisation de la culture, face au discours unique. Notion d’exception culturelle (Jack Lang). Le G.-D. de Luxembourg membre de toutes les instances de la francophonie gouvernementale et universitaire.


Bibliographie

A) Œuvres de Victor Hugo

Œuvres complètes, édition chronologique publiée sous la direction de Jean Massin, Paris, Le Club français du livre, 18 tomes dont 2 tomes de dessins et de lavis, 1967-1970.

Œuvres complètes, Politique, publié sous la direction de Jacques Seebacher et Guy Rosa, Paris, Robert Laffont «Bouquins», 1985, 2002.

Écrits politiques, éd. par Franck Laurent, Paris, Le Livre de poche, 2002.

B) Publications sur le sujet

BUSSIÈRE, Eric, BOSSUAT, Gérard, TRAUSCH, Gilbert (éd.), Europa. L’idée de l’identité européenne, de l’Antiquité grecque au XXIe siècle, Anvers, Fonds Mercator, 2001.

CABANIS, André et Danielle, « L’Europe de Victor Hugo », Toulouse, Privat, « Imaginaire de l’Europe », 2002.

BOSSUAT, Gérard, « Les Fondateurs de l'Europe », Paris, Belin, « Histoire sup. », 1994.

CHENET-FAUGERAS, Françoise (éd.), « Victor Hugo et l’Europe de la pensée ». Colloque de Thionville-Vianden (8,9 et 10 octobre 1993), Paris, Nizet, 1995.

CLAUDON, Francis (éd.), « Le Rayonnement international de Victor Hugo », actes du symposium de l’Association internationale de Littérature comparée. XIIe congrès international [Paris, 1985], New York, Bern, Frankfurt / M., Paris, 1989.

CONTER, Claude D., « Jenseits der Nation. Das vergessene Europa des 19. Jahrhunderts. Die Geschichte der Inszenierungen und Visionen Europas in Literatur, Geschichte und Politik », Bielefeld, Aisthesis Verlag, 2004.

CORBIN, Alain et alii, « L’Invention du XIXe siècle. Le XIXe siècle par lui-même (littérature, histoire, société) », Paris, Klincksieck, Presses de la Sorbonne nouvelle, 1999.

DELMAS, Claude, « Histoire des Projets d’unification politique de l’Europe. 1815-1970 », Luxembourg, Université internationale de Sciences comparées, Centre international d’études et de recherches européennes, Heule, Bruxelles, Namur, Uga, [1971].

DUROSELLE, Jean-Baptiste, « L’Idée d’Europe dans l’histoire », préface de Jean Monnet, Paris, Denoël, 1965.

FAYE, Jean-Pierre, « L’Europe une. Les philosophes et l’Europe », Paris, Gallimard, « Arcades », 1992.

FOERSTER, Rolf Helmut, « Europa. Geschichte einer politischen Idee. Mit einer Bibliographie von 182 Eintragungen von 1306 bis 1945», München, Nymphenberger Verlagshandlung, 1967.

« L’Année francophone internationale », Revue éditée par l’Université Laval, Québec.

LES CAHIERS LUXEMBOURGEOIS, article consacré au périodique « Les États-Unis d’Europe » (Genève, 17.09.1874) et à la lettre de Victor Hugo à ses « chers concitoyens de la République d’Europe », 2001, n° 2, pp. 71-75.

LÜTZELER, Peter Michael, « Die Schriftsteller und Europa von der Romantik bis zur Gegenwart  », München - Zürich, Piper, 1992.

ROUGEMONT, Denis de, « 28 Siècles d’Europe », préface de Jacques Delors, Paris, 1961, rééd. de Bartillat, 1990.

SAINT-PIERRE, abbé de, « Projet de Paix perpétuelle entre les souverains chrétiens », Paris, 1713 ; rééd. par Simone Goyard-Fabre sous le titre Projet pour rendre la paix perpétuelle en Europe, Paris, Garnier, 1981.

SPRUNCK, Alphonse, « Quelques précurseurs oubliés du fédéralisme », Luxembourg, « Academia. Revue de l’assocation luxembourgeoise des universitaires catholiques », n° 7, 1953, pp. 178-184.

WILHELM, Frank, « Dictionnaire de la francophonie luxembourgeoise », « La Francophonie du Grand-Duché de Luxembourg  », numéro hors série des « Cahiers francophones d’Europe centre-orientale », Universités de Pécs (H) et de Vienne, 1999, pp. 5-36 ; « Victor Hugo et l’Idée des États-Unis d’Europe », Luxembourg, Les Amis de la Maison de Victor Hugo à Vianden, 2000, 2003.

 

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