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La Maison de Victor Hugo à Vianden (Grand-Duché de Luxembourg)
et son musée littéraire consacré à Victor Hugo

Diaporama numérique présentant la Maison de Victor Hugo à Vianden (Pdf 1,3 MB)

Entre 1862 et 1865 Victor Hugo s'est senti à l'aise comme touriste dans le Grand-Duché de Luxembourg, en 1871 il y a été accueilli comme réfugié politique. Depuis, son souvenir est resté vivant en Luxembourg et spécialement à Vianden.

Sur ce site, vous pourrez découvrir:

  • sa maison à Vianden qui est devenue son musée dès 1935
  • ses séjours au Grand-Duché de Luxembourg
  • une foule d'informations sur sa vie et son oeuvre
  • notre association

Dernière nouvelle


«Enterrement du fils de Victor Hugo en 1871» Tableau par André FOUGERON appartenant et exposé au Musée National d'Histoire et d'Art à Luxembourg


Actuellement, le Musée National d'Histoire et d'Art à Luxembourg expose dans la section «Peinture moderne» un grand tableau à l'huile intitulé Enterrement du fils de Victor Hugo. L'oeuvre mesure 3,46 m x 5,47 m et est datée de 1952, l'année du cent cinquantenaire de la naissance du poète. Le peintre, André FOUGERON, était né en 1913 à Paris et est décédé à Amboise en 1984. Proche, dans les années 1930, d'Aragon, il envisagea de rejoindre les Brigades internationales pendant la Guerre civile espagnole, mais choisit finalement de donner une expression artistique à ses convictions sociales. Ayant adhéré au Parti communiste français en 1939, il fut fait prisonnier comme soldat français en 1940, réussit à s'évader et s'installa en Zone libre, puis à Paris, où il participa à la résistance.
Son oeuvre, où se mélangent diverses influences comme le «réalisme socialiste», l'hyperréalisme, la photographie ou encore la bande dessinée, se veut au service de la classe ouvrière: on voit le rapport avec Victor Hugo. (Voir le lien: https://fr.wikipedia.org/wiki/André_Fougeron)

André FOUGERON, «Enterrement du fils de Victor Hugo». Photo: MNHA Tom Lucas. Marché-aux-Poissons L-2345 LUXEMBOURG



Le tableau que voici représente l'enterrement de Charles Hugo (Paris 1826- Bordeaux 1871), qui fut écrivain et journaliste et avait son domicile à Bruxelles. Partageant les idées socialisantes et républicaines de son père, il avait été condamné à la prison pour un article contre la peine de mort, en 1851. En 1871, il avait suivi son père à Bordeaux, où le poète fut député de la gauche «radicale» à l'Assemblée nationale qui s'y réunit, Paris étant assiégé par les Allemands. C'est à Bordeaux que Charles mourut d'apoplexie foudroyante (AVC), le 13 mars 1871. Son père le ramena en train à Paris. Le 18 mars, le cortège funèbre traversa la capitale de la gare d'Orléans au cimetière du Père Lachaise, où reposait déjà le père du poète, le général napoléonien Léopold Hugo. Le hasard voulut que l'enterrement eût lieu le jour même de l'insurrection qui allait s'appeler La Commune de Paris. Le peuple de Paris assiégé par les Allemands, en insurrection contre l'ennemi extérieur et intérieur – le régime conservateur au pouvoir –, salua avec respect la figure de Victor Hugo, père de famille éprouvé, figure tutélaire d'une République démocratique et fraternelle à construire.

Au centre du tableau,l'oeil est attiré par le corbillard avec la lettre H et la figure de Victor Hugo en vêtements de deuil – qu'il portait en fait depuis le coup d'Etat de Louis-Napoléon Bonaparte en 1851 – et porteur de l'écharpe tricolore de l'élu du peuple. Le nom de Charles n'est pas cité dans l'intitulé du tableau.

Sur le tableau, comme dans Les Misérables, le peuple est en train de dépaver les rues du centre de Paris afin d'ériger des barricades. A gauche, sur une barricade déjà érigée, un garçon au fusil semble un frère de Gavroche. On voit aussi, parmi les gens du peuple, un insurgé à la moustache blanche, signe que les personnes âgées se sentent autant concernées que les jeunes. Sont impliquées dans l'insurrection également des femmes – allusion à Louise Michel? –, comme combattantes, constructrices de barricades et victimes, l'une d'elle emmenant son enfant en bas âge et saluant Victor Hugo.

A droite, le cortège funèbre, derrière lequel on distingue des civils vêtus également de noir. On croit deviner la veuve du disparu, la Belge Alice Hugo-Lehaene, ou peut-être Juliette Drouet, la compagne du poète, son fils cadet, François-Victor Hugo, célibataire, traducteur et journaliste républicain, ainsi que des proches. A droite on distingue un groupe d'hommes en uniforme, des gardes nationaux précédés d'un officier sabre au clair, ses gardes jouant quelque musique funèbre. Il s'agit des «Fédérés», des futurs communards. Les communards sont les partisans du mouvement commununaliste, qui connut une centaine de membres seulement.

En bas à droite, un autre groupe d'insurgés met en place un canon: cette arme d'artillerie avait constitué un enjeu majeur entre le Gouvernement ultraconservateur présidé par Adolphe Thiers et les insurgés de gauche, qui réussirent à garder les canons installés sur la hauteur de Montmartre.

Enfin, éclatant en haut du tableau: le drapeau rouge de la Commune de Paris accroché au fusil d'un ouvrier insurgé, lequel salue comme un danseur de ballet le père Hugo défenseur du petit peuple, tout comme une jeune femme aux épaules dénudées qui présente un bébé tout nu auréolé du rouge emblème, peut-être une image allégorique de la République laïque à naître. Cette figure féminine rappelle «la Liberté guidant le peuple», que l'on trouve sur le célèbre tableau d'Eugène Delacroix daté de 1830. Mais, en 1830, le drapeau était encore tricolore. Quant au drapeau rouge de la Commune de Paris, première insurrection de type prolétaire – même si Karl Marx a été très critique à l'égard du mouvement –, une (pieuse?) légende veut qu'un exemplaire de ce drapeau enveloppe la dépouille de Lénine dans son mausolée de la Place rouge à Moscou.

Ce que la reproduction photographique du tableau ne permet pas de distinguer, c'est la signature: a.fougeron 1952 et une citation de l'historien de la Commune de Paris,le journaliste et ancien communard Prosper-Oliver LISSAGARAY (1838-1901) que l'on trouve tout en bas:

«LE 18 MARS 1871. VICTOR HUGO MENE AU PERE LACHAISE LE CORPS DE SON FILS CHARLES. LES FEDERES PRESENTENT LES ARMES ET ENTROUVRENT LES BARRICADES POUR LAISSER PASSER LA GLOIRE ET LA MORT.» (L'Histoire de la Commune de 1871, 1876)

Ainsi légendé, le tableau participe de ce qu'on appellerait aujourd'hui de l'art «conceptuel»: le peintre romantique n'avait pas besoin d'un texte explicatif pour s'exprimer.
Le visiteur du Musée National d'Histoire et d'Art qui découvre le tableau peut se demander à juste titre quel en est le rapport avec ... Luxembourg.

Il y en quelques-uns.

Victor Hugo (1802-1885) avait visité plusieurs fois le Grand-Duché comme touriste, en 1862, 1863, 1864 et 1865, s'arrêtant par exemple dans la capitale, où il est passé par le Marché-aux-Poissons où se trouve aujourd'hui ledit Musée national. Sa compagne, Juliette Drouet l'accompagnait toujours, généralement un de ses deux fils aussi. En 1871, après l'enterrement de Charles, le père se rendit à Bruxelles pour régler la succession du disparu qui y avait habité. Pendant ce séjour dans la capitale belge eut lieu à Paris la «Semaine sanglante»: le Gouvernement de Thiers écrasa dans le sang l'insurrection communarde, avec des milliers de morts, notamment les fusillés du «Mur des Fédérés» au Père Lachaise, non loin de la tombe de la famille Hugo.

Les communards s'étaient eux-mêmes rendus coupables de crimes de sang et d'exactions. Tout en comprenant leur amertume et en soutenant leurs objectifs empruntés à ses propres textes – autonomie de la Ville de Paris, laïcité du régime politique, mesures sociales, union libre, égalité de l'homme et de la femme, respect du travail et du travailleur, droit à l'éducation pour tous, etc. –, l'auteur des Misérables (1862) désapprouvait le recours à la violence physique par les communards, les Fédérés; mais il condamnait encore davantage la répression terrible exercée par le Gouvernement conservateur, qui avait pris la succession du Second Empire.

Expulsé de Belqique parce que le Gouvernement belge de Léopold II, qui ne lui permettait pas d'offrir à Bruxelles l'asile politique aux communards menacés de mort à Paris, Hugo choisit de se réfugier dans le Grand-Duché de Luxembourg, ne pouvant rentrer à Paris, où il risquait au moins la prison, sinon pire. De fait, sa position courageuse, mais critique vis-à-vis des deux bords, lui valait la méfiance de la Droite, qui le prenait pour un «partageux», un communiste – ce qu'il n'était pas, loin de là – et d'une partie de la Gauche – qui lui reprochait des réflexes religieux, traditionaliste, sa défense de la propriété privée.

Il arriva à Luxembourg le 1er juin 1871, resta une semaine dans la capitale, puis s'installa à Vianden, qu'il quitta le 23 août Diekirch, puis Mondorf, d'où il rentra à Paris le 22 septembre. Pendant ce séjour de trois mois et demi, il y écrivit notamment un grand nombre de poèmes sur la Commune de Paris et sa répression. N'y ayant pas assisté en personne, il avait eu la possibilité d'écouter, de transcrire et de magnifier le témoignage d'une jeune femme de dix-neuf ans, Marie Mercier, qui avait été la compagne d'un communard fusillé et avait vécu à Paris des scènes de massacre. A Vianden, elle fut la maîtresse du poète, qui avait l'âge d'être son grand-père (soixante-neuf ans). Dans son recueil poétique L'Année terrible (Paris, 1872), Hugo évoque en termes épiques la guerre civile entre le Gouvernement Thiers et la Commune. On y trouve notamment la pièce intitulée «L'Enterrement», numérotée «Mars IV»):

Le tambour bat aux champs et le drapeau s'incline. De la Bastille au pied de la morne colline Où les siècles passés près du siècle vivant Dorment sous les cyprès peu troublés par le vent, Le peuple a l'arme au bras; le peuple est triste; il pense; Et ses grands bataillons font la haie en silence.

Le fils mort et le père aspirant au tombeau Passent, l'un hier encore vaillant, robuste et beau, L'autre vieux et cachant les pleurs de son visage; Et chaque légion les salue au passage. […]


Enfin, lors de cet enterrement de Charles Hugo, le 18 mars 1871 des Luxembourgeois étaient présents. C'étaient des émigrés que la pauvreté du Grand-Duché encore essentiellement agricole avait attirés à Paris, où ils étaient cochers, concierges, cuisinières, femmes de chambre, gens de maison, modestes artisans, ouvriers, prolétaires. Certains de ces hommes étaient mmembre de la Garde nationale et ont assisté au passage du cortège funèbre de Charles Hugo, le 18 mars 1871. La Garde nationale avait été convoquée pour la défense de la République proclamée le 4 septembre 1870.

Un ouvrier typographe, puis journaliste, le Luxembourgeois, François Martin (1848-1937) laisse des Mémoires manuscrits inédits, où il est question du jour de l'éclatement de la Commune. Lui-même avait combattu comme volontaire du IIIe régiment de zouaves à La Rochelle. Etant donné la famine qui régnait et l'état de siège, beaucoup de gens à faibles revenus s'engagèrent aussi pour des raisons matérielles: les 20 sous de solde. Beaucoup d'entre eux prirent par la suite fait et cause pour la Commune. François Martin rapporte que, le jour de l'enterrement de Charles Hugo, il y avait des Luxembourgeois parmi les membres du service d'ordre qui montaient la garde autour de son cercueil un instant exposé aux pieds de la colonne de juillet, place de la Bastille. Il y eut aussi des Luxembourgeois tués lors de la Semaine sanglante, notamment au Père Lachaise: «Auch Luxemburger Fleisch und Blut ruht unter dem Boden vor dieser Mauer.» («Dans le sol devant le mur des Fédérés se trouvent aussi de la chair et du sang luxembourgeois.»)

Deux Français, Martin et Sordet, que la tradition orale présente comme communards réfugiés à Luxembourg après la Semaine sanglante, ils sont décédés dans la capitale luxembourgeoise en 1872 et ont trouvé leur dernière demeure. Depuis 1926, la Gauche luxembourgeoise (Parti ouvrier socialiste, Section luxembourgeoise de la Commune de Paris) honore chaque printemps leur mémoire au cimetière de Luxembourg-Pfaffenthal.

Ainsi, le tableau monumental d'André FOUGERON, que ses descendants en indivision ont légué comme don au Musée national d'Histoire et d'Art à Luxembourg, qui venait d'acquéreur deux de ses oeuvres en 2004, prend une dimension presque patriotique pour les Grand-Ducaux. C'est qu'à Luxembourg aussi, pays décrié comme «paradis fiscal», on sait témoigner le respect dû aux combattants pour la dignité humaine et promouvoir les droits des petites gens si éloquemment défendus par un grand écrivain qui fut réfugié dans nos Ardennes.

BIBLIOGRAPHIE

HUGO, Victor, L'Année terrible, Paris, 1872.

MARTIN, François, Mes Mémoires. Meine Memoiren. Erinnerungen aus meinem vielbewegten Leben, texte manuscrit en allemand, inédit, Archives nationales, Luxembourg, 8 volumes.

PFAFFENTHALER SEKTION DER LUXEMBURGER SOZIALISTISCHEN ARBEITERPARTEI, Luxemburg und die Commune von Paris, Luxembourg, 1971.

WILHELM, Frank, Luxembourg – Paris – Luxembourg 1871. Migrations au temps de la Commune. Victor Hugo sympathisant des communards, lors de son séjour luxembourgeois en 1871?, Luxembourg, vol. IX des Publications scientifiques du Musée d’Histoire de la Ville de Luxembourg, 2001.

MUSEE NATIONAL D'HISTOIRE ET D'ART, Marché-aux-Poissons L-2345 LUXEMBOURG


 

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